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Julie Champenois

Sommeil du jeune enfant : comprendre les variations avant de chercher une méthode

Publié le 27 octobre 2026

Une mère rassure son jeune enfant allongé dans son lit à barreaux, au moment du coucher, dans une chambre doucement éclairée.

« Mon bébé faisait de belles siestes et s’endormait assez facilement. Depuis quelque temps, tout a changé. Il met beaucoup plus de temps à trouver le sommeil, ses nuits sont agitées et je n’arrive plus à comprendre son rythme. Est-ce qu’il faudrait essayer une méthode pour qu’il dorme mieux ? »

Le sommeil du jeune enfant évolue considérablement au cours des premières années. Les changements dans le rythme de sommeil de bébé, les difficultés d’endormissement, les réveils nocturnes ou les siestes irrégulières peuvent rapidement inquiéter les parents. Pourtant, le sommeil est étroitement lié au développement de l’enfant, à ses besoins et à son environnement. Avant de chercher une méthode pour améliorer le sommeil, il peut être utile de comprendre pourquoi le sommeil varie et ce qui en influence la variabilité.

Le sommeil se construit progressivement

Nous avons parfois tendance à imaginer le sommeil comme une compétence qui devrait s’acquérir progressivement : un bébé dormirait d’abord par courtes périodes, puis ferait des nuits de plus en plus longues jusqu’à atteindre un rythme régulier.

Mais cette représentation ne correspond pas toujours à la réalité.

Le sommeil du nouveau-né est très différent de celui de l’enfant plus âgé. Au fil des mois, les rythmes biologiques se mettent en place, les périodes d’éveil s’allongent et le sommeil se répartit progressivement différemment entre le jour et la nuit.

Les besoins de sommeil évoluent également. Certains enfants en ont davantage besoin que d’autres, et cette diversité peut être observée dès la petite enfance. Dans ses publications consacrées au sommeil durant les trois premières années de vie, le pédiatre suisse Remo Largo aborde notamment l’évolution des rythmes, les différences individuelles et la nécessité de tenir compte des besoins propres à chaque enfant [1]. Cette maturation ne signifie pas que le sommeil devient chaque semaine plus long ou plus régulier.

Un enfant peut connaître une période de nuits relativement stables, puis présenter davantage de difficultés à s’endormir ou des modifications de ses siestes.

Un sommeil moins régulier ne signifie donc pas nécessairement que l’enfant a perdu une capacité ou qu’il a développé une mauvaise habitude. L’important est de comprendre ce qui se passe avant de conclure qu’il y a un problème à corriger.

Pourquoi les attentes des parents ne correspondent-elles pas toujours au développement de l’enfant ?

Il existe aujourd’hui de nombreux repères concernant le sommeil des bébés : horaires de coucher, durée des siestes, temps d’éveil ou l’âge auquel un enfant devrait faire ses nuits. Ces informations peuvent aider les parents à se situer. Mais elles peuvent aussi devenir une source d’inquiétude lorsqu’elles sont perçues comme des étapes obligatoires. Un nourrisson qui ne dort pas selon les horaires indiqués dans un tableau dort-il nécessairement mal ? Un enfant qui a encore besoin de la présence d’un adulte pour s’endormir présente-t-il un retard de développement ?

Ces questions méritent d’être examinées avec nuance.

Sur le site 1001dodos, Sibylle Lüpold rappelle notamment que les attentes des adultes concernant le sommeil ne correspondent pas toujours au degré de maturité des nourrissons [2]. Cette différence entre les attentes et les possibilités de l’enfant peut conduire à interpréter comme problématiques des comportements qui mériteraient d’abord d’être replacés dans leur contexte. Cela ne signifie pas que les repères sont inutiles. Ils peuvent permettre de remarquer qu’un enfant semble manquer de sommeil ou que son fonctionnement change de façon inhabituelle.

Mais un repère devrait aider à observer, et non devenir un objectif que l’enfant doit absolument atteindre à un âge précis.

Le développement de l’enfant peut-il modifier son sommeil ?

Au cours des premières années, l’enfant traverse d’importantes transformations. Il découvre son environnement, développe ses compétences motrices, affine sa communication, construit ses relations et commence progressivement à mieux réguler ses émotions. Ces acquisitions ne se produisent pas toutes au même moment.

Dans son ouvrage De la naissance aux premiers pas, Michèle Forestier met notamment en lumière la progression du développement moteur et l’importance d’observer les compétences de l’enfant [3].

Héloïse Junier, dans Ma vie de bébé et Le sommeil du jeune enfant, invite également à comprendre les comportements du tout-petit en tenant compte de son développement cérébral, émotionnel et relationnel [4].

Ces éclairages sont intéressants pour aborder le sommeil sous un angle plus global. Un nourrisson qui commence à se déplacer explore davantage son environnement. Un enfant qui développe de nouvelles compétences relationnelles peut aussi vivre différemment certaines séparations. Ces évolutions peuvent modifier son quotidien, ses expériences et ses besoins d’accompagnement.

Pour autant, il serait trop simpliste de considérer qu’une nouvelle acquisition motrice explique systématiquement des réveils nocturnes ou des difficultés d’endormissement.

Hetty van de Rijt et Frans Plooij décrivent, dans Le grand livre du développement de bébé, des périodes de changement dans le développement qui peuvent s’accompagner de modifications du comportement [5]. Leur modèle peut constituer une piste de réflexion, mais il ne permet pas de prédire avec certitude qu’un enfant dormira moins bien à telle ou telle semaine de sa vie.

Le développement apporte des éléments de compréhension. Il ne fournit pas de calendrier universel des difficultés de sommeil.

Quatre repères pour regarder autrement les variations du sommeil

1. Observer ce qui a réellement changé

Lorsque les nuits deviennent difficiles, on peut avoir l’impression que l’ensemble du sommeil s’est dégradé. 

Pourtant, plusieurs situations peuvent se cacher derrière cette impression.

L’enfant dort-il réellement moins longtemps ? Ses siestes sont-elles devenues plus courtes ? Met-il plus de temps à s’endormir ? Se réveille-t-il plus souvent ou reste-t-il simplement éveillé plus longtemps ?

Il peut aussi être intéressant de se demander depuis quand ces changements sont apparus.

Une variation observée pendant quelques jours ne raconte pas nécessairement la même chose qu’une difficulté présente depuis plusieurs semaines.

Cette première observation permet d’éviter de chercher une solution à un problème qui n’a pas encore été clairement identifié.

2. Replacer le sommeil dans l’ensemble de la journée

La nuit ne peut pas toujours être comprise indépendamment de ce qui se passe durant la journée. Les périodes d’éveil, les siestes, les repas, les moments de proximité et les changements d’environnement peuvent fournir des informations utiles.

Un enfant qui commence à fréquenter une structure d’accueil, par exemple, ne vit pas nécessairement les mêmes journées qu’auparavant. Son rythme peut être modifié, ses possibilités de repos peuvent varier et ses besoins d’accompagnement peuvent évoluer. Cela ne signifie pas que chaque difficulté de sommeil trouve son origine dans la journée.

L’intérêt est de rechercher les éléments susceptibles de contribuer à la compréhension de la situation, sans établir automatiquement un lien de cause à effet.

Cette lecture globale rejoint notamment l’approche développée par Ingrid Bayot dans ses formations sur le sommeil du tout-petit et sur son accompagnement parental [6].

3. Tenir compte des besoins relationnels et émotionnels

Lorsqu’un enfant recherche davantage ses parents au moment du coucher, on peut rapidement penser qu’il devient dépendant de leur présence. Mais le comportement observé ne permet pas, à lui seul, de comprendre ce qui motive cette recherche de proximité.

L’enfant traverse-t-il une période de changement ? Les séparations sont-elles vécues différemment ? A-t-il besoin d’un accompagnement particulier pour retrouver son calme ?

Anne Raynaud, dans ses ouvrages consacrés à la sécurité émotionnelle et à l’attachement, invite à considérer les comportements de l’enfant à travers le prisme de ses besoins relationnels et de son vécu [7].

Cette perspective ne signifie pas que toutes les difficultés d’endormissement sont liées à un besoin de sécurité affective. Elle rappelle simplement que le sommeil ne se résume pas à une question d’horaires ou d’habitudes.

La manière dont un enfant s’endort peut aussi s’expliquer par ce qu’il vit et ce dont il a besoin à ce moment-là.

4. Considérer également la réalité des parents

Comprendre que les variations du sommeil font partie du développement ne signifie pas que les parents doivent supporter indéfiniment des nuits épuisantes. Une famille peut relativement bien vivre une période de sommeil irrégulier, tandis qu’une autre sera profondément affectée par des difficultés similaires. La durée des réveils, leur répétition, les possibilités de relais, l’organisation familiale et les ressources disponibles influencent la manière dont ces nuits sont vécues.

L’approche de 1001dodos accorde une place non seulement aux besoins de l’enfant, mais aussi à ceux des autres membres de la famille [8]. Il est donc possible de reconnaître qu’un comportement est compatible avec le développement de l’enfant tout en considérant qu’une situation mérite d’être aménagée.

L’enjeu n’est pas de choisir entre les besoins du bébé et ceux de ses parents, mais de rechercher un fonctionnement qui tienne compte des deux.

Une méthode de sommeil est-elle toujours la bonne réponse ?

Lorsqu’un enfant dort moins bien, il est compréhensible de vouloir retrouver rapidement des nuits plus prévisibles. Les méthodes de sommeil peuvent alors sembler rassurantes parce qu’elles proposent des étapes à suivre et une organisation précise.

Mais avant de modifier les habitudes, il peut être utile de s’interroger sur l’objectif visé. Souhaite-t-on aider un enfant qui semble manquer de sommeil ? Faciliter un endormissement devenu difficile ? Réduire l’épuisement parental ? Où trouver un rythme qui corresponde mieux aux attentes des adultes ?

Ces situations ne nécessitent pas forcément les mêmes réponses.

Une routine prévisible, des horaires adaptés ou des ajustements dans l’organisation de la journée peuvent parfois être utiles. Mais aucune de ces mesures ne devrait être considérée comme une solution universelle. Une méthode propose une manière de faire. Elle ne remplace pas la compréhension de ce qui se passe chez cet enfant et au sein de cette famille.

C’est aussi pour cette raison qu’une approche uniquement centrée sur la suppression d’un comportement risque de négliger des éléments importants.

Quand faut-il examiner les variations du sommeil plus attentivement ?

Le sommeil évolue avec le développement, mais il ne faut pas pour autant considérer que toutes les difficultés sont liées à la maturation.

Un changement brutal ou persistant, des signes de douleur, un inconfort important, des difficultés alimentaires, des inquiétudes concernant la croissance ou une fatigue inhabituelle pendant la journée méritent d’être discutés avec un professionnel de santé.

Des ronflements réguliers, des pauses respiratoires observées ou une respiration laborieuse pendant le sommeil nécessitent également une évaluation médicale. Les troubles respiratoires du sommeil sont notamment abordés dans une publication de Paediatrica, la revue professionnelle de Pédiatrie Suisse [9].

Il peut également être pertinent de demander un accompagnement lorsque les nuits deviennent très éprouvantes pour la famille, même en l’absence de signes médicaux inquiétants.

L’objectif n’est pas de rechercher un problème derrière chaque variation, mais de distinguer les situations qui peuvent être observées dans leur évolution de celles qui nécessitent un regard complémentaire.

Comprendre le sommeil avant de chercher à le modifier

Lorsque les rythmes changent, la question n’est pas nécessairement de savoir quelle méthode appliquer pour retrouver les nuits d’avant. Il peut être plus utile de commencer par comprendre ce qui a évolué : les besoins de sommeil, le développement de l’enfant, ses journées, son environnement ou la manière dont toute la famille vit la situation.

Parfois, cette observation permet d’identifier des ajustements possibles. Parfois, elle aide surtout à reconnaître une période de changement. Et parfois, elle montre qu’une évaluation plus approfondie serait pertinente.

Avant de chercher à changer le sommeil d’un enfant, il est souvent utile de comprendre ce qui, autour de lui et en lui, est en train de changer.

Sources et références :
  • Largo, Remo H. (2003). Le sommeil durant la première année de vie et Le sommeil durant la deuxième et troisième année de vie. Paediatrica, 5/2003, revue professionnelle de Pédiatrie Suisse.
  • Lüpold, Sibylle (2015). Des nuits apaisées pour bébé dès le début. Hebammenforum, 8/2015. Traduction française : Karin Vogt.
  • Forestier, Michèle. De la naissance aux premiers pas. Éditions Érès. Ouvrage consacré aux étapes du développement moteur. 
  • Junier, Héloïse. Le sommeil du jeune enfant. Dunod, 2025. Voir également Ma vie de bébé : de 0 à 3 ans, les mystères de son petit cerveau en développement, avec Christophe Besse, Dunod, 2021. 
  • Van de Rijt, Hetty & Plooij, Frans. Le grand livre du développement de bébé, édition 2024. Éditions Leduc. Ouvrage présentant leur modèle des périodes de changement développemental. 
  • Bayot, Ingrid. Le sommeil du tout-petit (0-2 ans) et son accompagnement parental. Programme de formation professionnelle. 
  • Raynaud, Anne (2019). La sécurité émotionnelle de l’enfant. Marabout. Voir également Enfant sécurisé, enfant heureux : éduquer au quotidien grâce au lien d’attachement, Marabout, 2021. 
  • 1001dodos. Le concept de 1001dodos : approche globale, centrée sur les besoins de l’enfant et favorisant l’attachement. 
  • Trachsel, Daniel & Corbelli, Regula (2018). Troubles du sommeil de l’enfant – aspects pneumologiques. Paediatrica, 3/2018.
Portrait de Julie Champenois, infirmière spécialisée en pédiatrie et autrice

Julie Champenois

Infirmière spécialisée en pédiatrie · Consultante IBCLC · Formatrice · Superviseure · Autrice

Julie Champenois est infirmière spécialisée en pédiatrie. Forte de plus de vingt-cinq ans d’expérience auprès des enfants et de leurs familles, elle s’est spécialisée dans l’alimentation, l’oralité et l’allaitement maternel. Titulaire d’un DIU Troubles de l’oralité de l’enfant et d’un DU Nutrition et obésité de l’enfant, elle a créé et co-dirige le CAS Troubles alimentaires pédiatriques à la Haute école de santé Fribourg.

À travers ses formations destinées aux professionnels et ses ressources en ligne pour les parents, elle transmet une approche centrée sur la compréhension de l’enfant, le soutien des familles et le plaisir de manger.