Réveils nocturnes : remettre le contexte au centre
Publié le 27 octobre 2026
« Il se réveille toutes les deux heures. Parfois, il se rendort rapidement. D’autres fois, il reste éveillé longtemps. Pourtant, nous n’avons rien changé à ses habitudes. Pourquoi se réveille-t-il autant ? »
Lorsque les réveils nocturnes se multiplient, le sommeil du nourrisson devient souvent une source de questionnements, mais aussi d’épuisement pour les parents. On cherche alors à comprendre pourquoi l’enfant se réveille, ce qui l’empêche de dormir plus longtemps et ce qu’il faudrait éventuellement modifier.
Mais avant de chercher à faire disparaître les réveils, une autre question mérite d’être posée : que savons-nous réellement de ce qui se passe pendant ces nuits ?
Deux enfants peuvent se réveiller le même nombre de fois et vivre des situations très différentes. La fréquence des réveils est une information, mais elle ne suffit pas à comprendre ce qui les provoque, ce qui se passe ensuite ni ce qui les rend difficiles à vivre.
C’est pourquoi les réveils nocturnes gagnent à être replacés dans un contexte plus large : celui du sommeil de l’enfant, de son développement, de ses besoins et de la réalité familiale.
Se réveiller la nuit ne signifie pas nécessairement mal dormir
Le sommeil n’est pas un état continu et uniforme. Il est organisé en cycles au cours desquels différentes phases se succèdent. Entre ces cycles, de brefs éveils peuvent survenir, chez l’enfant comme chez l’adulte.
Chez le nourrisson, cette organisation évolue progressivement avec la maturation du système nerveux. Les cycles de sommeil, leur durée et leur répartition se transforment au cours des premiers mois et des premières années [1, 2].
Un enfant peut donc traverser plusieurs phases de sommeil et connaître des moments d’éveil sans que cela traduise nécessairement une difficulté.
Mais tous les éveils ne sont pas vécus de la même manière.
Certains nourrissons bougent, émettent quelques sons ou ouvrent brièvement les yeux avant de poursuivre leur sommeil [2]. D’autres se réveillent complètement, pleurent, recherchent leur parent ou restent éveillés pendant un certain temps.
La distinction est importante : observer un réveil ne consiste pas uniquement à compter combien de fois l’enfant a ouvert les yeux ou appelé pendant la nuit.
Il est également intéressant de comprendre comment ce réveil se manifeste et ce qui se passe ensuite.
Premier repère : tous les réveils nocturnes ne se ressemblent pas
Un parent peut dire : « Il se réveille six fois par nuit. » Mais derrière cette phrase, plusieurs réalités sont possibles.
L’enfant se réveille-t-il toujours aux mêmes moments ? Les réveils surviennent-ils principalement en début de nuit, dans la deuxième partie de la nuit ou à des horaires variables ?
S’agit-il de quelques minutes pendant lesquelles l’enfant recherche de la proximité avant de se rendormir ? Ou de périodes d’éveil prolongées durant lesquelles il semble parfaitement réveillé, parfois même prêt à commencer sa journée ?
Son comportement est-il identique à chaque réveil ? Pleure-t-il immédiatement ? Semble-t-il inconfortable ? Recherche-t-il une tétée, un contact physique ou une autre forme d’accompagnement ?
Ces observations ne permettent pas, à elles seules, de déterminer la cause des réveils. Elles aident néanmoins à distinguer des situations qui pourraient sembler similaires si l’on se limitait à leur fréquence.
Six réveils de quelques minutes ne racontent pas la même histoire que deux réveils durant chacun plus d’une heure.
Dans les deux cas, les nuits peuvent être éprouvantes. Mais les questions à explorer ne seront pas nécessairement les mêmes.
Deuxième repère : tenir compte de l’âge et des besoins de l’enfant
Le sommeil d’un nourrisson de deux mois ne peut pas être interprété de la même manière que celui d’un enfant de dix-huit mois.
Au cours des premiers mois, les besoins alimentaires, la maturation des rythmes biologiques et les capacités de régulation jouent un rôle important dans l’organisation des nuits.
Les réveils permettant de s’alimenter font notamment partie du fonctionnement habituel des jeunes nourrissons [3]. Avec le développement, les périodes de sommeil peuvent progressivement s’allonger, mais cette évolution n’est ni parfaitement linéaire ni identique pour tous les enfants.
Il serait donc réducteur de considérer qu’à partir d’un âge précis, tout réveil nocturne devient nécessairement inutile ou lié à une habitude.
Les besoins alimentaires nocturnes doivent notamment être appréciés en tenant compte de l’âge, de la croissance, de l’état de santé et de l’alimentation de l’enfant.
Le besoin de proximité mérite également d’être considéré. Un enfant peut avoir besoin d’aide pour retrouver son calme après un réveil, sans que cela signifie qu’il présente un trouble du sommeil.
Inversement, le fait qu’un réveil soit compatible avec le développement de l’enfant ne signifie pas qu’il faille ignorer une situation devenue très difficile.
Comprendre ce qui est attendu à un âge donné permet surtout d’éviter de demander à l’enfant quelque chose qui ne correspond pas encore à ses capacités.
Troisième repère : regarder ce qui précède les réveils
Lorsqu’un enfant se réveille beaucoup, toute l’attention se porte naturellement sur la nuit.
Pourtant, ce qui se passe avant le coucher peut parfois apporter des informations importantes.
Comment s’est déroulée la journée ? L’enfant a-t-il dormi davantage ou moins que d’habitude ? Le dernier temps d’éveil a-t-il été particulièrement long ? Les horaires ont-ils changé ? A-t-il vécu une journée inhabituelle, une séparation, une maladie ou une période d’inconfort ?
Il peut également être intéressant de revenir sur les jours ou les semaines précédentes.
Les réveils se sont-ils multipliés progressivement ? Sont-ils apparus brutalement ? Coïncident-ils avec une modification du rythme de vie, du mode de garde ou de l’état de santé de l’enfant ?
Ces éléments ne constituent pas automatiquement des explications.
Un enfant peut commencer à se réveiller davantage au moment où il acquiert une nouvelle compétence motrice, par exemple, sans que l’on puisse affirmer que cette acquisition est responsable de tous ses réveils. Les rythmes de sommeil peuvent également se modifier au fil du développement [3].
De la même manière, une journée avec peu de siestes ne suffit pas à expliquer systématiquement une nuit difficile.
L’intérêt est plutôt de rechercher des liens possibles, de les confronter aux observations et d’éviter de conclure trop rapidement.
Une coïncidence dans le temps n’est pas toujours une relation de cause à effet.
Quatrième repère : observer ce qui permet à l’enfant de se rendormir
Lorsqu’un enfant se réveille, la façon dont il retrouve le sommeil peut également apporter des informations.
Certains se rendorment rapidement après quelques instants de proximité. D’autres ont besoin d’être portés, bercés, allaités ou accompagnés plus longuement.
Il arrive aussi qu’une manière de faire qui fonctionnait auparavant devienne progressivement moins efficace.
La tentation peut alors être grande de conclure que l’enfant a pris une « mauvaise habitude » ou qu’il est devenu dépendant d’une certaine intervention.
Mais la manière dont un enfant se rendort ne suffit pas, à elle seule, à expliquer pourquoi il s’est réveillé.
Un nourrisson qui retrouve le sommeil au sein ne se réveille pas nécessairement uniquement parce qu’il a besoin de téter pour s’endormir. De même, un enfant qui réclame les bras peut rechercher un apaisement, sans que le portage soit forcément à l’origine de ses réveils. La question de l’endormissement au sein est également abordée dans les ressources proposées aux parents par 1001dodos [5].
Cela ne signifie pas que les habitudes d’endormissement n’ont aucune importance. Elles peuvent influencer la manière dont l’enfant vit certains réveils et retrouve le sommeil [4].
Mais les considérer comme l’unique explication risque de faire oublier d’autres dimensions : la maturation, les besoins physiologiques, un inconfort éventuel ou encore les changements survenus dans le quotidien.
Avant de chercher à modifier la manière dont l’enfant se rendort, il peut donc être utile de distinguer deux questions : pourquoi se réveille-t-il et de quoi a-t-il besoin pour retrouver le sommeil ?
Les réponses ne sont pas forcément les mêmes.
Cinquième repère : comprendre ce qui rend les nuits difficiles pour la famille
Deux familles peuvent vivre des réveils nocturnes fréquents sans en ressentir les mêmes conséquences.
Dans une famille, l’enfant se réveille plusieurs fois, mais se rendort rapidement. Les parents parviennent à se relayer et trouvent un fonctionnement qui leur convient.
Dans une autre, chaque réveil demande une présence prolongée. Un seul parent intervient, les nuits sont fragmentées depuis plusieurs mois et la fatigue devient difficile à supporter.
Le nombre de réveils ne permet donc pas, à lui seul, d’évaluer la difficulté.
Ce qui compte aussi, c’est leur durée, la possibilité de se rendormir, la répétition des nuits difficiles et les ressources dont dispose la famille. La fragmentation des nuits peut avoir des conséquences sur le sommeil des parents [6].
Un parent peut être épuisé par des réveils qui, sur le plan du développement, ne présentent rien d’inhabituel.
Cela mérite d’être entendu.
Dire qu’un réveil nocturne est fréquent chez le nourrisson ne signifie pas que ses conséquences sont toujours faciles à vivre.
L’objectif n’est pas forcément de supprimer tous les réveils. Il peut parfois être de comprendre ce qui les rend particulièrement éprouvants et de réfléchir à une organisation plus soutenable.
Quand les réveils nocturnes méritent-ils une attention particulière ?
Les réveils nocturnes font partie du développement du sommeil, mais ils ne doivent pas systématiquement être attribués à la maturation ou aux habitudes de l’enfant.
Un changement brutal et inexpliqué du sommeil, des réveils accompagnés de signes de douleur, un inconfort important, des ronflements réguliers, des difficultés respiratoires, une fatigue inhabituelle pendant la journée ou des inquiétudes concernant l’alimentation et la croissance méritent notamment d’être discutés avec un professionnel de santé [7].
Des pauses respiratoires accompagnées d’une coloration bleutée ou d’une difficulté à respirer nécessitent une prise en charge urgente [7].
Il peut également être pertinent de demander de l’aide lorsque les nuits deviennent particulièrement éprouvantes, même en l’absence de signe médical inquiétant.
Dans ces situations, l’enjeu n’est pas seulement de savoir si le nombre de réveils est « normal ». Il est de comprendre ce qui se passe, ce qui pourrait nécessiter une évaluation et quelles possibilités seraient adaptées à cet enfant et à sa famille.
Remettre le contexte au centre avant de chercher à changer les nuits
Lorsqu’un enfant se réveille fréquemment, il est compréhensible de vouloir trouver une explication simple.
« Il dort trop la journée. » « Il ne sait pas se rendormir seul. » « Il a encore besoin de manger. » « Il faut changer ses habitudes. »
Chacune de ces hypothèses peut parfois mériter d’être explorée. Mais aucune ne devrait devenir une conclusion automatique à partir du seul nombre de réveils.
Comprendre les réveils nocturnes suppose de mettre plusieurs éléments en relation : l’âge et le développement de l’enfant, la manière dont les réveils se manifestent, ce qui se passe avant et après, les besoins éventuels de l’enfant et la façon dont la famille vit ces nuits.
Parfois, ces observations permettent d’identifier des éléments sur lesquels il est possible d’agir. Parfois, elles montrent surtout que le sommeil traverse une période de changement. Et parfois, elles mettent en évidence la nécessité d’un regard complémentaire.
C’est cette manière d’aborder le sommeil du nourrisson que je développe dans ma formation en ligne consacrée au sommeil du jeune enfant : apprendre à observer les rythmes, à comprendre les différentes dimensions qui influencent les nuits et à réfléchir aux ajustements possibles en tenant compte du développement de l’enfant et du quotidien familial.
L’objectif n’est pas de proposer une méthode destinée à faire disparaître tous les réveils, mais de disposer de repères pour mieux comprendre ce qu’ils nous racontent.
Parce qu’avant de chercher à modifier les nuits, il est souvent nécessaire de comprendre ce qui s’y passe réellement.
Sources et références :
- Dias, C. C., Figueiredo, B., Rocha, M. & Field, T. (2018). Reference values and changes in infant sleep-wake behaviour during the first 12 months of life: a systematic review. Journal of Sleep Research, 27(5), e12654. Revue systématique sur l’évolution du sommeil et des réveils au cours de la première année.
- Hôpitaux universitaires de Genève (HUG, 2021). Le sommeil – Connaître ses besoins. Informations pédiatriques sur les rythmes du nourrisson et les phases de sommeil.
- National Health Service (NHS, 2025). Helping your baby to sleep. Repères sur les réveils, les besoins alimentaires nocturnes et l’évolution des rythmes.
- Sadeh, A., Tikotzky, L. & Scher, A. (2010). Parenting and infant sleep. Sleep Medicine Reviews, 14(2), 89–96. Synthèse sur les interactions entre maturation, environnement et pratiques parentales.
- 1001dodos – ressources pour les parents. Articles de Sibylle Lüpold, notamment « Quand l’enfant s’endort au sein : mauvaise habitude ou mode d’endormissement physiologique ? » . Ressource professionnelle complémentaire, distincte d’une étude scientifique.
- Astbury, L., Bennett, C., Pinnington, D. M. & Bei, B. (2022). Does breastfeeding influence sleep? A longitudinal study across the first two postpartum years. Birth, 49(3), 540–548. Étude longitudinale sur l’alimentation nocturne et le sommeil du parent.
- American Academy of Pediatrics (AAP, 2024). Sleep Apnea in Children: Detection & Treatment. Signes respiratoires à discuter avec le pédiatre et signes d’urgence.
Infirmière spécialisée en pédiatrie · Consultante IBCLC · Formatrice · Superviseure · Autrice
Julie Champenois est infirmière spécialisée en pédiatrie. Forte de plus de vingt-cinq ans d’expérience auprès des enfants et de leurs familles, elle s’est spécialisée dans l’alimentation, l’oralité et l’allaitement maternel. Titulaire d’un DIU Troubles de l’oralité de l’enfant et d’un DU Nutrition et obésité de l’enfant, elle a créé et co-dirige le CAS Troubles alimentaires pédiatriques à la Haute école de santé Fribourg.
À travers ses formations destinées aux professionnels et ses ressources en ligne pour les parents, elle transmet une approche centrée sur la compréhension de l’enfant, le soutien des familles et le plaisir de manger.